-Tu l’as encore sauvé…
-Euh, ou, oui…
-Tu es vraiment un héros…
-Ou, oui.
-Mon héros…
-Ou, oui…
-Ceinture pendant trois jours…
-J, j, j, je saiiiiiiiiiiis9…
L'enquillête
-Tu l’as encore sauvé…
-Euh, ou, oui…
-Tu es vraiment un héros…
-Ou, oui.
-Mon héros…
-Ou, oui…
-Ceinture pendant trois jours…
-J, j, j, je saiiiiiiiiiiis9…
-Vous le voyez pas le camion, là ?
-S, si, je le vois bien, j’arrive pas à me rendre bien compte, c’est tout…
-Ben, il est là…
-Oui, je vois bien qu’il est là…
-Bien mes salutations ! fit l’homme en arrivant derrière eux.
June et Phil se retournèrent. Se tenait devant eux le chauffeur personnel de Mr Johnson.
-Youri Andropov, dit-il pour entamer la conversation. Chauffeur personnel de Mr Johnson. Vous savez ce qu’est ce gros truc, là-bas ? Nouvelle décoration pour fête de Mr Johnson ?
-J’crois pas, répondit June. Quand il a failli m’aplatir, j’ai crut voir qu’c’était un camtard.
-Un poids-lourd, ici ? Vous vous foutez de moi !
-Non.
-Mais il n’y a aucune route carrossable sur cette île ! s’exclama t-il. J’en sais quelque chose ! Je n’ai rien à faire, ici ! Je bois toute la nuit ! Et le jour je désaoule !
-Aucune route carrossable ? fit le patron en fronçant les sourcils.
-Rien, nada, même pas un chemin de terre10 ! C’est complètement dingue ! Si on était dans un roman, on pourrait dire que c’est une énorme erreur de l’auteur, mais là c’est un mystère…
-Vous devriez retirer ce que vous venez de dire.
-Et pourquoi ça, ma p’tite dame ?
Soudain, un poids-lourd sorti de nulle part déboula dans la pièce, fauchant Youri Andropov qu’on aura pas beaucoup vu dans cette histoire, finalement. Mais il l’a un peu voulu, aussi.
-I… Irina… je… t’aimais… tant… Yelena… aussi… Dites… à… Mikhaïl… Mon… tout… petit… frère… que… je… l’… l’emmerde… Argghh11.
Pendant ce temps, Safran, enfermée dans sa chambre, continuait à jouer aux cartes, mais depuis peu sous le bavardage incessant de Rodney.
-Attend j’y crois pas, ils me chassent de ma chambre, parce que j’ai « violé leur intimité » ! Style ! Ils avaient qu’à pas se violer dans mon matelas, merde ! Qu’est ce que tu fais ?
-Je tire les cartes. Tiens ? Quelqu’un est mort.
-Ah bon ? Tu vois des trucs comme ça ?
-Enfin… Là, j’ai l’arcane majeure, la numéro 13, la mort, quoi, et l’arcane plus que mineure 28ter, le poids-lourd12.
-Ah, d’accord.
La porte s’ouvrit soudain violemment d’un coup de pied de June, qui avait l’air un peu énervée.
-Et meeeeerde, c’était la mauvaise jambe…
-Aaaah, ça va ? Ca fait pas trop mal ?
-C’est gérable. Ah, quelqu’un est mort.
-On sait.
-Et c’est tout ce que ça vous fait ?
-Ben…
-Si la police débarque pour ces histoires de camion, on est mal, vous savez ?
-Ben pourquoi ? demanda Safran.
-Ben euh…
-Parce que…
-C’est trop compliqué, rendors-toi.
-Bon, bon. Tu veux connaître ton avenir ?
-Tu crois à ces trucs-là ?
-Non, mais c’est rigolo…
-Fais toujours…
Safran remélangea son paquet, puis tira trois cartes.
-Alooooooors, bon, ah, hum, bon, on va faire aussi le numéro complémentaire et le jackpot jackpot, sinon on ne va pas s’en sortir…
-Pardon ?
-C’est trop compliqué, rendors-toi.
-Ha, ha, ha, fit June sans joie.
Les sourcils froncés, Safran relut son tirage, tachant de ne voir que les cartes qu’il y avait sur la couverture et de ne pas faire de trop grosses interprétations.
-June ?
-Ouais ?
-Je ne veux pas trop m’avancer, mais il semblerait que tu aie contrarié une instance supérieure du genre susceptible, et que ta vie ne tienne plus qu’à un demi-fil si ça continue comme ça…
-…
-…
-Crois-le ou pas, je m’en doutais un peu.
-Kewah ?
-J’t’expliquerai.
-Qui est mort, au fait ? les interrompit Rodney.
-Le chauffeur de Johnson.
-Et c’est génant pour nous ?
-Rodneeeeeey, siffla June entre ses dents.
-Ah oui, Saf ?
-Ouiiiii ?
-Tu veux pas t’en aller ?
-Mais c’est MA chambre !
-Euh, t’en aller, prendre une douche ?
-Je pue, c’est ça ?
-C’est un peu le sous-entendu13.
-Pff, c’est bon, j’ai compris, hein…
Safran attrapa sa serviette qui traînait sur une chaise, puis passa dans sa salle de bain. Les deux autres attendirent d’entendre l’eau couler pour reprendre leur conversation.
-C’est marrant…
-Quoi ?
-Tu crois vraiment qu’elle a toujours rien capté ?
June resta silencieuse quelques instants.
-Ecoute, je sais pas, peut-être qu’elle joue la comédie, mais de toute c’est une affaire entre elle et son daron, ça nous concerne pas.
-Nan mais attend, avec toutes les missions où il la trimballe, toutes les fois où il lui dit de se barrer sans excuse valable, toutes…
-…toutes les bourdes que TU fais !
-Hé, ho, miss flippée des flics, mets pas tout sur mon dos !
-Quoi ?
-Attend, 1, 2, 3, à peu près 50 lignes plus haut14.
-Bon, d’accord. A ce propos, ouais, c’est génant si les poulets débarquent, parce que je te rappelle que l’Agence est tolérée et non pas autorisée par le fbi.
-Le quoi ?
-Le fbi.
-Ah ! Mais dit Efe-Bi-Aïe, aussi, comment tu veux qu’on comprenne ?
-On dit pas le fbi ?
-Ben non.
-T’es sûr ?
-Ben oui15.
-Ah. Hé, fit-elle après un temps, on était pas sensés fouiner un peu, enfin, enquillêter, comme tu dis ?
-Comme je dis ?
-Oui, parce que ça non plus ça n’existe pas.
-Oh mon dieu j’ai inventé un mot !
-Pff, bien sûr, quand c’est toi, c’est inventer…
-Quoi ?
-Tu sais où sont les deux rouqmoutes ?
-Dans ma piaule.
-Bé qu’est-ce qu’ils y font ?
-Que peuvent faire deux rouquins ensemble à poil de carotte dans une chambre ?
-Tu veux dire qu’ils sont ensembles ?
-Ouais.
-Et pourtant la rouquine n’est pas la femelle du rouquin, de même que la coquine n’est pas la femelle du coquin.
-Pardon ?
-D’ailleurs la coquine sied mieux au rouquin et la rouquine au coquin16.
-June ?
-Ouais ?
-…Non, rien.
-On pourrait aller les interrompre pour faire un meeting ?
-Euh…
-Quoi ?
-Tu la connais, toi, la différence entre briefing, débriefing et meeting ?
-Briefing : avant mission ; Débriefing : après mission ; Meeting : pendant mission.
-Ah, d’accord.
-Bon, tu viens, on va voir si ils ont des idées…
-Des idées mal placées, ouais…